Un an de prison ferme pour le chauffard
La tension était perceptible hier matin dans la salle du tribunal correctionnel d'Alès. Philippe Julia se retrouvait devant les magistrats pour homicide involontaire après le décès de Mélissa Martel dans un accident de la route. Avec une circonstance aggravante puisque le conducteur était sous l'emprise de l'alcool.
Dans la salle, parents, amis ou simples anonymes étaient là pour soutenir la famille présente sur le banc de la partie civile. Le 22 juillet 2007, Mélissa prend sa voiture pour aller faire une course au village voisin. Il est 17 heures sur cette petite route de Maruéjols-lès-Gardon. C'est un radieux dimanche d'été et la vie sourit à Mélissa
qui n'a que 19 ans. C'est sans compter sur une voiture à la course folle qui va lui prendre la vie. « Vous n'avez rien eu et, elle, elle s'est battue pour la vie sur son lit d'hôpital jusqu'à 22 heures », accuse Me de Prato.
A la lecture des faits, les circonstances sont loin d'être en faveur du conducteur. La veille, ce Gardois avait bu à la fête locale. Le jour des faits, il remet ça vers midi avant de se coucher pour une sieste car il travaille l'après-midi.
Se réveillant en retard, l'homme prend sa voiture et fonce sur Alès pour se rendre à son travail d'agent SNCF. Les témoignages recueillis par les enquêteurs sont sans appel. Le Gardois roule vite, 100 à 110 km/h, sur cette petite route sans visibilité. Il double une file de voitures, manque de percuter de face un premier véhicule qui s'arrête sur le bas-côté, et poursuit ses dépassements jusqu'à hauteur d'une voiture conduite par un moniteur d'auto-école.
L'homme est précis dans son témoignage. Il sent le danger de ce dépassement inconsidéré, freine et s'écarte sur la droite pour laisser l'automobiliste se ranger devant lui. Mais contre toute logique, le conducteur poursuit son dépassement et percute de plein fouet la voiture de Mélissa. Au sol, pas une seule trace de freinage, relève la partie civile. « Tout ça pour ne pas être en retard à son travail », se désespère Me de Prato.
Lorsque le père de Mélissa prendra la parole, les larmes et la douleur sont perceptibles dans la salle. Brisé par le chagrin, Joël Martel s'adresse au prévenu. Il explique que conduire une voiture de la sorte, c'est comme tirer avec une arme dans une foule. « On ne cherche peut-être pas à tuer » mais ce serait un miracle d'éviter le drame. « Je ne vois pas dans ce geste ce qui serait involontaire. »
A son tour, le substitut du procureur de la République, Eric Emmanuelidis, parle d'une « accumulation d'erreurs » qui finit « par devenir scandaleuse ». Il rappelle que le prévenu avait un taux d'alcoolémie de 0,80 à 19 heures, soit probablement 0,95 au moment de l'accident. Un taux qui « n'est pas exorbitant », reconnaît le président Tabusse qui pointe néanmoins « un comportement délibéré » et non une simple imprudence de la part de ce père de famille de 48 ans.
Après avoir exprimé sa compassion à la famille de la victime, Me Gilles a rappelé les propos tenus par son client après l'accident : « J'aimerais être à la place de la victime parce que j'ai tué quelqu'un. » Il parle de « l'engrenage terrifiant de cette tragédie de la route », mais affirme aux magistrats que le prévenu n'est pas un « monstre artificiel ».
Habituellement « prudent » – un adjectif qui fera grogner la salle-, son client « ne boit pas » et s'il a conduit de la sorte c'est par un « respect absolu de son activité professionnelle », lui, l'ancien militaire de carrière.
Le tribunal l'a condamné à trois ans de prison dont deux ans avec sursis et un an ferme, annulant son permis pour une durée de trois ans, et à 5 000 ¤ d'amende.
T.Dg
ps:a mes souvenirs iln'auras pas la prison ferme